Petit extrait :
" Il se réveille là - mais avait-il dormi ? - la bouche emplie de cendres, la peau saturée d’odeurs fades et rances. Il se réveille comme la glaise ensommeillée pourrait se réveiller lentement avec l’arrivée de la pluie, cette pluie torride des étés moites sur cette vieille terre que rien n’assouplit. Ses yeux le piquent de cette nuit douloureuse, cette nuit de paupières déchirées. Impossible de s’étendre sur ses rêves. Ils restent hors de portées, sur le plafond de la chambre, dans les lézardes de la peinture écaillée. Du regard, il les cherche, chaque seconde chassant l’autre, minute après minute, il les traque image après image afin d’en suivre le cours, ce cours qui file entre les rives de sa vie. Rêves éveillés, rêves endormis, rêves entrecoupés de cigarettes - aspirées plus que fumées -, rêves d’en dehors mobiles et insaisissables, rêves éclatés, dispersés, dissous dans les aspérités du plâtre, cachés qu’il lui faut décrypter, ou brisures de rêves qui lui laissent un goût de cendres, une râpe abrasant leurs chairs éphémères. Fragments de vie jamais vécue.
Il se lève là encore comme tous les matins, le tour du monde à jamais fait, le tour de son monde, un monde moite à l’odeur piquée d’une boite de sardine depuis trop longtemps ouverte. Rien de différent. Un matin ordinaire. Il est nu, sorti du ventre de son lit, les pieds sur le parquet flottant, la tête flottante aussi. Des mouvements qu’il ne contrôle pas, pas trop, s’échappent de son corps déjà si las. Des mouvements de lutte qui se dessinent vers les éternels ennemis du réveil, ces monstres qui oppressent le corps dans la chaleur des rêves qu’il n’a pu tenir plus près de lui. Des gestes lents d’avant-bras qui brassent l’air, de mains qui s’éclatent, d’entre doigts écartelés, de pointes de pieds et de poumons qui s’emplissent : il s’étire. Il sssss’éééétttttiiiiiiirrrreeee et son corps lui échappe, redimensionnant l’espace de sa respiration sourde et profonde. Un vent puissant, parti du cœur de l’estomac, le fragmente aux huit coins du cube. Il est la chambre. Un instant, il est la chambre où il se lève. Puis.
Il n’est plus lui. Il n’est plus cet homme aux sommeils harassés, ce goût de cendre, cette peau bistre, ce silence. Ce silence. Pourtant ce visage raviné, ce visage qu’il ne reconnaît plus lorsqu’il le croise, cet autre n’est rien d’autre que lui. Un autre raisonné, entendu dans son rêve aux carrefours d’une lézarde et d’un repli de plâtre. Un autre décidé d’en finir avec son amour, ce tourment des heures lentes, ces cigarettes allumées, les unes après les autres enfilées, aspirées alors que s’égrènent les klaxons monotones de la rue en contrebas, une rue sans piéton, une rue qu’il ne voit pas, juste des bruits de klaxons et, parfois, des éclats de voix, des injures de gens pressés.
Il a le vertige d’être double : Etre lui, lui seul dans cette chambre, seul dans cette ville, depuis si loin, et être l’autre, autre à distance, autre qui lui parle, autre qui lui dit « finis cet amour ! ». Il l’entend, il le voit tandis que ces bras se ramassent à son corps, ses talons se reposent, le bâillement s’étouffe, l’animal s’en va. Le laisse là avec cette petite voix qui lui dit : « C’est aujourd’huiaujourd’huiaujourd’hui… » Ce n’est pas la première fois que cette petite voix, la voix de l’autre, la voix de celui qui est resté là-bas, celui qui ne se cache pas au septième étage, dans cette chambre de bonne, cette voix d’homme, non, ce n’est pas la première fois qu’elle lui parle, qu’elle lui dit d’agir. Mais comment être ?
Dans mon souvenir, je n'ai jamais
publié ce texte ici mais vous pouvez fouillez la rubrique
NOUVELLES, peut-être y trouverez vous une version antérieure

Cette version sera publiée le 15 juin en même temps que LES DANSEURS ZA-PA .
Bonne soirée à tous et à bientôt ...


-, de retrouver ces ambiances de balances,
de gros sons parfois, d'éclats (rires, cris) souvent et je
souhaitais juste démarrer ce week-end avec du Swing - frères Slim's
- comme un peu parti dans ma boîte de jazz...
...)










