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Le vent de la terre (19)  (Les suites espagnoles) posté le mardi 09 février 2010 05:52

Terre

Si vieille

Si sèche

Si rouge

Si pauvre

Si brute

 

Aride tant aride si

 

Gens

Si frêles

Si vieux

Si lents

Si sobres

Si frustes

 

Aride tant aride si

 

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Morte & Vive (I - XIII / XVI)  (Morte & Vive) posté le lundi 08 février 2010 07:00

             I-

 

                  La nature morte est une utopie

 

             XIII-

 

L’automne, Aloès,

Au brisant de nos corps l’écume d’amour

S’entend à nous ravir

 

L’automne, Aloès,

L’envol des falaises laisse des lacs

Entrelacés de glace plein de frimas

 

L’automne, Aloès,

Du vin blanc pour nos corps dispos

Et les rires des pinèdes vertes

 

L’automne

 

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LES CENT TRIBUS - Les cent tribus  (Nouvelles) posté le dimanche 07 février 2010 07:31

J'ai demandé à l'aurore de naître en retard

Et j'ai profité de la nuit, de ses feux bleutés.

Le voile qui disparu sous la tente d'Astar

Protégeait la peau tendre d'une fille croisée.

 

Ali N'Sälif

( 1173(?)-1226 )

 

- Tu veux une datte ? Une gorgée d'eau ? L'outre est pleine. Si tu veux, je peux la chercher. Elle n'est pas loin. Juste derrière. Ne crains rien. Je ne te laisserai pas longtemps. Deux ou trois minutes. Le temps de la saisir, pas même le temps d'entendre l'arbre répondre au vent. Tu ne seras pas seule. Je ne te laisse pas seule. Je suis juste derrière. J'ai laissé l'eau à rafraîchir. A l'ombre. Tu n'aurais pas voulu de l'eau chaude ? Il fallait bien la mettre là-bas. Tu comprends ? Tu peux t'accroupir en attendant, tu auras moins mal. Essaie de penser à autre chose. Il ne t'a rien fait ton ventre. Desserre ton étreinte. Tu vois ? Je te vois. Tes paumes lui font mal, ce n'est pas juste. Lève les bras et mets ton voile entre le soleil et la nuque, sinon tu vas transpirer, ce serait pire. Oh ! Tu m'entends ? Je suis à une main du puits et tu fais celle qui ne m'entend pas. Tu es devenue sourde ? Pour te plaindre ta langue court plus vite que la gazelle mais pour écouter tes oreilles ont la paresse du lézard. Retire ce voile qui t'empêtre, te dis-je. Tu n'as pas à te cacher de moi. De personne. Tu es trop jeune pour avoir peur du monde comme j'ai peur du monde. Tu verras bien assez tôt les rides venir, les rides à cacher et l'envie de suer pour ne pas décevoir, pour ne pas être vue. Ton visage doit respirer du soleil, se frotter des grains de sable, se salir de l'air, sinon tu deviendras une petite chose fade. Il faut que la femme en toi profite de la liberté que tu as, jeune fille. Nous sommes seules ici. Ecoute-moi ! Dévoile-toi et protège ta nuque, c'est elle la menace. Je continue de parler, tu vois, je ne suis pas loin. Juste à ta droite. Sous l'arbre qui nourrit. La main dans le puits. Voilà. Je reviens.

 

Prends, maintenant ! L'eau est encore vive, je l'ai tirée ce matin. Elle était claire, tu sais, avec des vaguelettes jusque sur le poing. Elle roulait, je te dis, comme les dunes avancent parfois et j'ai eu du mal à l'emprisonner. Tu peux boire. Tu es hors les interdits aujourd'hui. Il n'y a pas de lever ou de coucher de soleil qui tiennent pour toi. Tu as tous les droits. Moi j'attendrai. Bois pour moi. Elle est douce dans la gorge comme le miel de nos thés lorsque le miel des abeilles nous fait défaut. De toutes les eaux vives elle est la plus pure; elle s'appelle: " apaisement de la soif ". Un joli nom, ne trouves-tu pas ? Quand j'étais une enfant comme toi, j'aimais à la boire tandis que ma mère vannait la semoule sur le toit. Il y avait de l'ombre chez moi, beaucoup d'ombre. Tu veux que je te dise ? Je me cachais au plus noir de l'ombre et je disparaissais de la vie quand j'avais trop soif, comme toi, que je ne voulais pas rompre le jeun.

 

Tu es fatiguée ? Je sens tes petites épaules se tordre, tu veux te reposer ? Sais-tu ? La chamelle du cheikh Näaf a mis bas cette nuit. Elle a réveillé tous les fouette-queues avec ses gueulantes. C'était vers les deux heures. Malik l'a aidée à pousser son petit. Il lui appuyait sur le ventre; " Sors de là ! " Criait-il " Sors de là, fainéant de pas né ! ".  Malik doit tant au cheikh. Il voulait se rendre utile. Tu n'as pas entendu ? Comment tu fais pour dormir comme cela ? Lâche ton ventre ! Cela ne sert à rien. Il faut que les choses se fassent et tes mains sont stupides pour cela. Peut-être arriveront-ils à rejoindre les autres. Ils ont du retard à cause de la chamelle. Ils sont bons marcheurs. Même le vieux. Peut-être pas tout de suite. Aussi doivent-ils s'occuper du chamelon. Et puis il faut traire la chamelle. Au début, il y a toujours du lait pour l'homme. C'est la part de Dieu. Deux, trois jours de marche. Et pour nous ? Il y a une halte à Kalmir. Le rituel des huit à Al Ozzä. Nous devrions pouvoir les rejoindre là. Tu vois ? Al Ozzä aussi connaît notre misère de femme. Elle connaît nos joies aussi. Je te raconterai. Misère, mystère, un seul mot et deux visages.  

 

Va ! Colle ta tête sur mon ventre. Je vais te peigner. Tu as de beaux cheveux. Il faut les détacher de temps en temps, les laisser s'assouplir. Et puis quand on est jeune il faut montrer qu'on est belle. Si je pouvais laisser libre ma chevelure... Je marcherais lentement, le chemin du désert est beau lorsque le temps ne se compte plus. J'aurais des frises et des boucles qui descendraient le long de mes reins, parfois une mèche folle caresserait l'onde de mon ventre...  Tu l'entends mon ventre ? Il te raconte l'histoire des nôtres. Il parle bien, tu sais, malgré les coussins d'amours que le temps lui impose. C'est une histoire de plis. Quand tu nais tu es lisse, champ sans limon, puis homme après homme la dune... Enfant après enfant la dune se dessine et te sculpte un rêve, un paysage, un désir nouveau.  Chaque ventre de femme est une parcelle de vie, un jardin, une promenade ancienne et connue de tous. Le tien plus tard, le mien déjà. Le mien qui a connu le ventre dur du cheb Notïâ. Je te raconte. C'était un ventre qui faisait la guerre, un ventre plat, strié de longs muscles, avec la marque des combats gagnés, des cicatrices profondes de défaites oubliées,  un ventre tendu contre et qui ne comprenait pas les désirs du mien. Mais qu'importe ! J'aimais ce ventre jeune parce qu'il était jeune. Je croyais que seul ce ventre dur devait me convenir. C'est le passé. Le jeune est devenu vieux. Le guerrier s'est fait marchand, il m'ignore lorsqu'il me croise. Je ne le regarde pas. J'ai les yeux sous les pieds. Il est le maître des eaux, il donne la vie. Il se croit important parce qu'il délivre les eaux-vives. Il connaît maintenant la grâce du repli de la peau...   

 

L'ombre est petite. Je ne sens plus la chaleur. Elle n'est plus que dilatation, respiration sourde, ensuquement des pores, irrespect du souffle, reflet du soleil qui miroite. Non, ce n'est plus de la chaleur lorsque l'ombre est petite, c'est une partie de nous en prière qui veut revenir sur la terre, même à plat. Et toi ? Est-ce que tu pries lorsque le trait noir t'indique l'heure la plus chaude, l'instant le plus trouble ? Il faudrait, ma fille, sinon tu deviendras Singe, ton âme aux cochons voudra se défaire de son apparence, tu plongeras de je ne sais quelle falaise, vers je ne sais quelle eau imbuvable. Quand j'étais jeune j'aimais m'asseoir comme cela et attendre l'ombre la plus petite. J'avais ton âge. Je n'avais pas envie de finir ma vie dans l'âme d'une guenon et le corps allouf entre la pierre et la mer. Je m'asseyais et priais pour ne plus voir ce trait noir d'un minaret trop petit. Une liseuse avait dit à ma mère qu'entre le plus chaud et le plus froid il n'y avait pas de différence. J'avais écouté à la porte. J'avais honte. Tu as déjà écouté à la porte des grands ? Tu te caches dans l'encoignure et tu guettes le secret qui n'existe peut-être pas. C'est la chasse. Depuis que nous sommes partis, il n'y a plus de porte, plus d'encoignure, plus que le sable. Parfois, je rêve d'être à l'affût comme les hommes, sous le sable, et d'écouter le secret des jolies filles, celles que je ne serais plus.  J'avais honte de ne pas comprendre comme je pourrais avoir honte de ne pas vous comprendre parce que trop jeune ou trop vieille, être trop dans un camp empêche de comprendre. Alors, je restais à perdre le sens des silhouettes sous le soleil de la plus petite ombre, sans boire, juste pour voir si le grand froid me prendrait.

 

Un autre jour, ma mère broyait des épices, le ventre tendu comme une terre sans eau, j'ai vu le sang couler le long de mes cuisses. J'avais peur. Et ma mère broyait, pilait, je me souviens de l'odeur de la muscade, du piquant de la menthe, je n'osais la déranger. Elle préparait son pot. Elle n'avait pas beaucoup de temps. J'avais peur. Et ce sang. Mes jupes. Comment lui dire. Je n'avais rien fait. Pas même joué. Pas bougé. Juste, juste levée avec un ventre tendue comme une terre sans eau et j'ai vu le sang couler, mon sang de petite fille.  Un cousin m'entraîna hors de la ville. J'étais sa honte. Ce sang entre mes jambes, il avait vu la traînée sur ma sandale, il savait le reste, j'étais impure. Il me frappa sans haine, juste pour m'apprendre à me cacher. Jamais je n'aurais dû me trouver dans la cour, devant les autres, innocente...  Et puis nous sommes rentrés. Ma tante a préparé l'agneau de Dieu. Il y avait de l'encens dans le feu, des braises d'odeurs, des souvenirs d'enfance, des cahiers de fleurs séchées pour donner du parfum à la viande nouvelle. Elle a invité les voisins. C'était l'Aïd avant le mois béni d'entre tous les mois, le mois saint et le jeun solaire, l'heure du changement et de la continuité, le même et l'autre.  J'avais mal au ventre. A ce ventre que je croyais connaître et qui se découvrait une identité propre. Je devrais compter avec lui. Je ne le savais pas. Il s'inventait d'une coulée chaude sur ma peau blanche. Les musiciens sont venus pour le Raï, pour la fête. J'ai dû danser avec tous les hommes, même mon cousin qui m'avait battue. Après, ils m'ont mis le voile. Ils ont mangé l'agneau de leur côté. Et j'ai dansé avec toutes les femmes. Et j'avais mal au ventre. Le sang sur les cuisses est revenu. 

 

Depuis, j'ai connu tous les hommes, je te le dis, d'Al Abbib le poète à Sékoutou le nubien, tous croyant en Dieu et tous cherchant la femme. Depuis, j'ai mis au monde plus d'enfants qu'il n'y a de grains de sable dans une poignée de désert. Je n'en tire aucune gloire. Mon ventre a saigné lors des nouvelles lunes, hors des lunes, et même n'a pas saigné. Je n'ai pas encore compris tous ses mystères. Chaque fois qu'une femme enfante quelque part, mon ventre gémit. Chaque fois qu'un bébé pleure le lait me vient. Ma poitrine, d'une même sève, est plaisir et nourriture, que dis-tu de cela ? Je ne suis pas la seule moumma, bois, mon enfant, bois, nous savons toutes des secrets que tu découvres. Tu ne reconnais pas encore les signes, nous sommes de la même race.

 

Notre mère déjà et bien avant ! Du ventre de tes soeurs sont nées les cent tribus qui couvrent le monde. Mais chacun de nous est né d'un ventre et chacun de nous ressemble à l'autre autant qu'un nuage se modifie sous le vent mais reste un nuage. Il n'y a qu'un homme, une femme, et seul le chemin emprunté les différencie. Tu bois de l'eau et cette eau a déjà été bue cent mille fois. 

 

C'est pour cela que ton ventre saigne comme la lune s'absente de la lumière. C'est pour cela que tu deviens femme aujourd'hui. Ce n'est pas pour subir quelques douleurs, pliée en deux parfois sous la découverte de ce qui te fait femme, que tu es venue au monde. Non. Tu es fille, femme, mère parce que tu portes les cents tribus. Et maintenant les hommes te regarderont avec l'envie d'être en toi. Tous les hommes. Parce que tu peux tous les procréer. Comprends bien ta force. Et saches que ta virginité est le garant de tes libertés. Car le temps du choix n'est pas encore venu.        

 

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Le soupir (Sorties de route 22/35)  (Sorties de route) posté le samedi 06 février 2010 06:43

Je suis l'église

La ruine qui menace

 

L'herbe mauvaise me pousse au ventre

Profit d'éboulis

 

Je suis la chapelle

La descellée sans espoir

La trirème inondée

L'abside et l'ordonnée

 

Je ne suis pas le choeur !

Ni porte, ni fenêtre !

Seul le battant tangue impuissant

Et les murs se lézardent !

 

Les prie-Dieu ont disparu

Plus personne pour la visite

Je suis l'église

La ruine qui menace.

 

Librement adapté pour (et avec) Jirina Fukova

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Immobile  (Versets) posté le vendredi 05 février 2010 05:53

Le gisant de l’église à peine défiguré nous ressemble encore. Sa peau lisse de pierre aux armes tant polies nous tourmente encore. Son regard abîmé dans ce vide passé nous surveille toujours. Ces mains jointes en prières, sous le bouc arrêtées, nous empoignent toujours. Et sa bouche clôturée qui commande nos peurs ouvre encore des asiles. Le gisant de l’église, petit père immobile, nous condamne au duel, nous condamne à l’exil.

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